Dernières Chroniques

                   

mercredi 20 septembre 2017

Hemlock Grove

Le synopsis de départ de Hemlock Grove semble assez basique pour un roman du genre. Une petite ville d'apparence tranquille est bouleversée par une série de meurtres, juste avant le début des tragédies un original est venu s'installer en ville et les doigts ne manquent pas à très vite se pointer vers lui, même sans preuves. Bref on a l'impression de lire le pitch commun de dizaines et dizaines de romans... Sauf que Hemlock Grove a beaucoup plus de profondeurs et de couches à son histoire que ce l'on pourrait à priori penser. 

Tout d'abord la mythologie développée par Brian McGreevy pour l'aspect fantastique de son roman a le mérite d'être plutôt originale. Là où on a l'impression d'avoir tout vu et revu, c'est assez rare d'avoir encore le plaisir d'être surpris et pris de court par les événements. Ceci étant dit c'est également à double tranchant car à la lecture d'Hemlock Grove on en perd parfois un peu son latin tant les genres et mélanges qui se côtoient sont parfois surprenants. Clairement c'est la marque de fabrique de Hemlock Grove en fin de compte, tout est un peu déconcertant.

A cheval entre plusieurs genres, Hemlock Grove suit principalement Peter et Roman, deux adolescents que tout semble opposer, qui font équipe pour tenter de démasquer la créature qui se cache derrière les meurtres qui se multiplient en ville. C'est certainement le duo le plus improbable que j'ai pu lire depuis bien longtemps et étrangement c'est aussi un duo qui fonctionne bien. D'un côté Peter, un loup-garou bohémien qui semble bien plus sage que ses dix-sept ans, et de l'autre Roman, héritier d'une dynastie à qui on a pas souvent dit non sans sa vie... et qui est aussi le personnage le plus fascinant du roman (du moins à mon sens).

 Elle observa ce garçon en face d'elle : un adolescent narcissique, mal dans sa peau et trop sensible, privé de repères parentaux, héritier d'une société présente dans le classement des cinq cents plus grosses fortunes du pays, affligé d'un problème d'addiction et de quelques tendances homo-érotiques. 

Roman est donc un adolescent à Problèmes et j'insiste bien sur le P majuscule de problèmes dans ce cas présent. La psychologie de son personnage est particulièrement fascinante et au fil de son évolution dans le roman, au plus on en apprend sur lui, au plus on se demande comment la personne s'en est si "bien" sorti. Surtout quand on fait plus ample connaissance avec sa mère, Olivia, qui est un personnage complètement sinistre. J'aurais presque aimé que Brian McGreevy apporte un peu plus de précisions sur ces personnages et soit moins dans le concret de l'action car clairement j'ai vraiment adoré ses personnages complètement fissurés et névrosés.

Concernant l'intrigue en elle-même, elle est intéressante et là encore déconcertante. On est loin d'avoir toutes les cartes en mains pour pouvoir réellement jouer au jeu des devinettes et c'est donc un sentiment assez étrange qui nous accompagne dans notre lecture. Il faut dire que la narration est tout aussi déconcertante (je vous avais prévenus que c'était le mot d'ordre). On est loin d'avoir face à nous une narration objective du récit et les informations nous sont distillés au compte goutte, comme si le narrateur s'attendait à ce qu'on comprenne de quoi il parle... Et tant pis si on ne suit pas sur le coup, on finira bien par rattraper le coche au fur et à mesure. D'ailleurs on est jamais trop certain de qui est le narrateur et même une fois le roman terminé cela reste un mystère. Il y a aussi énormément d'intrigues qui semblent pas complètement résolues à la fin du roman et je pense que cela s'explique par le fait qu'à la base il y aurait du avoir des suites, néanmoins l'auteur semble avoir préféré développer la série dont il est un des producteur/scénariste (et sur laquelle je reviens en fin de chronique). Gardez le donc peut-être en tête si vous souhaitez lire ce roman (car la série est un tout autre délire encore plus particulier que cette lecture).

Le style de l'auteur est lui aussi (devinez) déconcertant. La ponctuation est particulière (c'est aussi le cas dans la version originale d'après quelques avis que j'ai pu lire), et le mélange des genres que j'évoquais à propos du récit s'étend aussi à la prose de Brian McGreevy. Tantôt les phrases sont directes et brutes, tantôt on est dans quelque chose de beaucoup plus alambiqué et sophistiqué.

En fin de compte j'ai l'impression que tout ces mélanges parfois hasardeux ont fini par créer une certaine cohésion au roman et c'est ce qui en fait toute sa saveur. Hemlock Grove est peut-être un roman déconcertant, c'est surtout un roman fascinant et atypique. Le détour dans cette petite vie de Pennsylvanie vaut clairement le coup d’œil !





Merci à Netgalley et aux éditions Super 8.

Hemlock Grove a été adapté par Netflix qui a sorti 3 saisons. La saison 1 correspond grandement au roman et on peut même la visionner en parallèle puisque les noms des épisodes correspondent aux titres des chapitres. Ceci étant dit, si le roman n'est pas pour tout le monde la série l'est encore moins. Il y a des scènes très violentes, rien que la transformation en loup-garou du héros est la plus trash (et cool/réaliste) que j'ai jamais vu, sans parler de scènes de sexe assez explicites à chaque épisode (dont des scènes de viols), donc âmes sensibles s'abstenir.

4 commentaires:

  1. Je pense pas lire le livre, mais c'est sûr que je vais continuer la série! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu verras c'est spécial tout du long ^^'

      Supprimer
  2. J'adore la série, alors je pense bien me lancer dans le livre un jour ou l'autre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. As-tu regardé toutes les saisons ? Je n'ai vu que la première mais on m'a dit que cela se dégradait sur les saisons suivantes donc je n'ai pas continué pour l'instant.

      Supprimer

❤️