mardi 23 décembre 2014

Boyfriend App

Éditeur Français : Panini Books, Collection Scarlett.

Audrey McCarthy est une geekette de terminale. Avant, elle avait plutôt la cote au lycée. Mais depuis la disparition de son père, elle traîne avec les mecs de la salle d’informatique, c’est-à-dire
que niveau popularité, elle peut repasser.

Son destin va basculer lorsque Public, la plus grande société d’informatique au monde, annonce la tenue d’un concours qui récompensera l’élève qui créera l’Application la plus novatrice. Le gagnant se verra offrir une bourse d’études pour l’université de son choix.

Audrey se lance alors à la recherche de la meilleure App, et elle trouve une idée tellement simple, et en même temps tellement géniale, qu’elle n’arrive pas à croire que personne n’y ait pensé avant : à l’aide d’un simple questionnaire, l’utilisatrice peut définir le mec idéal et savoir s’il se trouve à proximité.

Pour s’assurer la victoire, Audrey va chercher à améliorer son App.

Et en faisant ses recherches, elle découvre l’un des secrets les mieux gardés au monde : celui du succès interplanétaire de Public.

Mais maintenant qu’elle est sous les projecteurs, sans même savoir si sa propre invention lui permettra de trouver l’âme soeur, sa vie semble sombrer dans le chaos.

Autant vous prévenir dès le début, que vous ayez le temps d'éventuellement fuir avant de vous investir dans la lecture de cette chronique, mais je vais me fâcher sévère lorsque j'en viendrais à évoquer la seconde partie du roman. Du coup j'ai décidé de découper cette chronique en deux, comme le roman, et si vous avez envie de lire quelque chose de relativement positif je vous conseille de ne lire que la première moitié.

Partie 1 - Sympathique mais assez bateau

Boyfriend App nous propose de suivre Audrey, une "geekette" (suis-je la seule à avoir du mal avec la féminisation de ce terme ?) relativement clichée mais sympa. Comme toutes les héroïnes de ce genre elle a un physique assez passe-partout, est élevée dans une famille devenue récemment monoparentale et qui a du mal à joindre les deux bouts, est détestée de manière appuyée par la fille la plus populaire du lycée, et a une bande de copains geeks et loosers avec qui elle baragouine à grand renfort de vocabulaire informatique/geek. Bref comme je l'ai dis elle est totalement interchangeable avec n'importe quelle geek de la littérature young adult. Néanmoins elle nous est relativement sympathique, quand elle ne nous tape par sur les nerfs puisqu'elle est parfois un peu tête à claques. Victime de harcèlement cruel de la part de sa grande rivale ? Le monde est trop injuste. Une autre fille s'intéresse au mec de sa bande de geek qui lui plait mais vers lequel elle n'a jamais tenté aucune approche ? Bouh c'est encore trop injuste et cette fille est forcement une grosse écervelée. Audrey passe donc beaucoup de temps à geindre et à s’apitoyer sur elle-même

Les personnages secondaires du roman, principalement ceux de l'entourage de l’héroïne comme sa cousine Lyndsay, son crush Aidan, ou ses amis "troglos", restent quant à eux relativement sympathiques bien que présentés de façon assez stéréotypés tout de même. Katie Sise a choisi de ne pas creuser la psychologie des personnages et c'est donc un peu dommage qu'on reste autant en surface avec tout le monde.

Cependant l'aspect central du roman est bel et bien cette fameuse Boyfriend App que Audrey décide de créer dans l'espoir de remporter le concours organisé par la grosse boîte informatique Public. De base l'idée est assez bien trop trouvée et l'influence des réseaux sociaux, et de la popularité éphémère qui en découle, est plutôt bien représentée. En tout cas c'est plutôt réaliste de ce côté là. Je pense que si le roman était resté sur la lignée de cette première partie il aurait mérité une note plutôt correcte, un 3/5 par exemple, mais malheureusement l'auteure a choisi de prendre un chemin vraiment craignos pour la suite de son roman et cela porte réellement préjudice à l'ensemble.  Et puisqu'on parle de la partie 2...

Partie 2 - La question de la culture du viol
(Spoilers éventuels si vous ne souhaitez pas connaître la version 2.0 de la Boyfriend App)

Suite à la baisse de popularité de son application, Audrey décide d'en sortir une version 2.0 afin de remonter dans le classement et d'espérer remporter la bourse d'étude dont elle a tant besoin. Pour arriver à ses fins Audrey décide de résoudre le problème qui avait fait chuter la Boyfriend App 1.0 : si l'application choisi le garçon qui serait votre idéal, rien ne vous garanti qu'il sera intéressé par une relation avec vous... La solution d'Audrey à ce problème ? Utiliser un logiciel secret qu'elle a découvert et qui permet d'influencer les personnes grâces à des ondes sonores inaudibles. Et c'est là que le roman tombe dans l'aberration et où je me suis vraiment mise en colère. Non seulement le récit prend un chemin presque proche de la science-fiction avec cette histoire d'ondes manipulatrices, aspect que l'auteure essaie de nous faire avaler en nous abrutissant de termes complexes, mais surtout on bascule dans ce qu'on appelle communément la culture du viol. Le personnage principal vend à des adolescentes une application qui enlève toute volonté propre au garçon de leur choix en le rendant fou de désir. Laissez-moi reformuler ça : elle vend une application pour abuser d'un autre être humain en toute impunité. Et tous les personnages du romans ont l'air de trouver ça normal ! Mêmes les adultes ne questionnent pas une seule seconde la moralité plus que douteuse et les énormes dérives de cette application, au contraire Audrey est félicitée pour son initiative. SÉRIEUSEMENT ?

Vous trouvez ça normal vous de faire d'une personne sa chose en lui retirant toute volonté ? Aux dernières informations, c'est de l'abus de faiblesse ! Et quand on utilise ce pouvoir pour en plus abuser physiquement de la personne, que ça aille de simples attouchements à une éventuelle relation sexuelle, ça s'appelle du viol. Comment on peut écrire un roman destiné à un public adolescent en passant le message que c'est fun de faire faire ce qu'on veut aux gens contre leur gré ? Autant les romans comme Fight for Love ou Cinquante Nuances de Grey qui romantisent des troubles psychiatriques ou de la maltraitance psychologique ça me débecte, autant là je suis carrément outrée. Et ça me fait me poser une question que je déteste me poser mais qui malheureusement me turlupine très souvent avec les propos extrémistes que certaines personnes se disant féministes revendiquent, : est-ce que si Audrey avait été un garçon et avait crée une Girlfriend App ça aurait été plus choquant ? Est-ce que le message sous-entendu c'est que ça compte pas si c'est des garçons qui sont abusés ? Parce que quand dans le roman une ado utilise l'appli sur une autre fille et que Audrey a un moment de doute, ça rend les choses presque pires si c'est tant soit peu possible. C'est rare que j'écrive une chronique allant aussi négativement à l'encontre d'un aspect d'un roman, mais là ça bouillonnait vraiment trop et fallait que ça explose. Parce que ce n'est pas sous prétexte que c'est censé "être drôle et léger" et que "c'est de la fiction" qu'on peut tout se permettre et envoyer valser toute éthique.

Ainsi Boyfriend App a été une grosse déception pour moi. Si la première partie est sympathique tout en restant clichée, la seconde m'a mise mal à l'aise et vraiment en colère par sa moralité plus que douteuse. Katie Sise emmène vraiment son récit sur des terrains très dangereux et peu recommandables, et ma note finale fut bien réduite par cette seconde partie à laquelle j'accorde un mérité zéro pointé !

11 commentaires:

  1. Quelle horreur, ce livre a l'air vraiment affreux, en effet, faire perdre toute volonté aux garçons et modifier leurs sentiments aurait pu être une idée utilisable, mais le fait que tout le monde trouve ça normal voire même super c'est vraiment du grand n'importe quoi O_o je suis totalement d'accord et je ne le lirai certainement pas (en plus pour une fois qu'une héroïne porte mon prénom, elle est... Comment dire assez horrible xD).
    Bref merci pour ta chronique et désolée que tu aies été un peu le cobaye pour ce livre, tu as évité des déceptions et énervements à pas mal de gens je crois ! :)

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    1. Je t'avoue que je suis restée sur les fesses (pour ne pas dire autre chose) en le lisant, je suis encore étonnée de voir que c'est un élément qui n'a pas fait plus de bruit. Encore aujourd'hui j'ai vu un tweet dans ma TL twitter disant à quel point ce livre était merveilleux et j'en reste coite.

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  2. Ce livre a l'air choquant en effet... Étonnant qu'il n'ait pas fait plus de bruit. En tout cas ta chronique nous préserve d'une mauvaise lecture, et on ne peut que t'en être reconnaissante :)

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    1. Je suis tout autant étonnée. Je savais que beaucoup n'avaient pas réellement apprécié le chemin prit par la seconde partie mais je suis très surprise que personne ne se soit réellement insurgé. J'ai l'impression de faire ma vieille mégère pour le coup ^^

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  3. Je n'ai pas lu ce livre et je n'en ai jamais eu envie. J'ai lu néanmoins ton avis et: il me donne encore moins envie car ce qui te choque: c'est le genre de choses qui me choquent aussi, et au quotidien, contre lesquelles je cherche à sensibiliser plus de monde.
    Malheureusement, il y a des romans qui mettent en scène des trucs comme ça et qui ont beaucoup succès et ça me choque.
    Quel dommage ! Je pense aussi que si c'est le personnage principal aurait été un homme, peut-être que la lecture aurait été différente... Triste.. -_-

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    1. Je pense que c'est ce qui me révolte le plus, que si le personnage principal était un homme les gens auraient crié au scandale. J'ai vraiment du mal avec cette forme de "féminisme" qui se répand de plus en plus et qui ne font que reculer un peu plus la cause au final. C'est triste que beaucoup de gens trouvent maintenant cela normal.

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  4. Bon, bon, bon ... "Audrey passe donc beaucoup de temps à geindre et à s’apitoyer sur elle-même." Rien qu'avec cette phrase tu m'as donné envie de passer mon tour ! Alors que dire de la seonde partie... bouh, ça me fait peur tout ça. C'est fou que personne n'est souligné cet aspect danns les autres chroniques !!!
    "Parce que ce n'est pas sous prétexte que c'est censé "être drôle et léger" et que "c'est de la fiction" qu'on peut tout se permettre et envoyer valser toute éthique." > AMEN !

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    1. Je pense malheureusement que pour beaucoup de personnes ce n'est pas "si" choquant que cela. Tout d'abord car c'est de la fiction, mais surtout car les personnes abusés sont des hommes. Je suis convaincue que si les rôles avaient été inversés tout le monde serait monté au créneau :/

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  5. Un livre qui paraît assez étrange en effet! Je pense tout de même le lire si j'en ai l'occasion.

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  6. Wow à la découverte de ce résumé ça m'avait pas l'air mal, mais à en voir ton avis ça me coupe l'envie de le lire ! :)

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